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Pourquoi l’émancipation des hommes est importante

Depuis plusieurs décennies, les femmes en Occident ont peu à peu remis en cause les normes sociales qui les cantonnaient à des rôles limitants. Elles ont gagné en autonomie, ont accédé aux études supérieures, au travail, à la contraception, aux postes à responsabilité. Et ce faisant, ont réussi à bousculer les stéréotypes liés à la féminité. En revanche, l’émancipation des hommes peine à se réaliser.

De fait, les modèles de la masculinité sont restés figés. Comme un nœud bien serré autour du cou, les injonctions à la virilité demeurent. Posture de domination, mise à distance des émotions, refus de la vulnérabilité et de la douceur, désengagement du soin et de la parentalité… À l’heure où les enjeux d’égalité sont cruciaux, il est essentiel de rappeler que les hommes ont, eux aussi, tout à gagner à s’affranchir des carcans de la virilité traditionnelle. Pour contribuer à construire une société plus juste et équilibrée.

Mais comment faire ?

Et si on desserrait un peu la cravate (rouge)

La réélection de Donald Trump en 2024 a remis sur le devant de la scène une version très affirmée – et très voyante – de la masculinité. Sa posture hypermasculine est assumée de manière décomplexée, et symbolisée sans beaucoup de subtilité par sa cravate très rouge et très longue. Autour de lui, Mark Zuckerberg, PDG de Meta, vante les mérites de l’« énergie masculine » et de l’agressivité. Elon Musk relaie sur les réseaux sociaux des messages affirmant que « la masculinité est de retour ». Et le vice-président JD Vance déclare que « l’essence de la masculinité » consiste à boire de la bière entre amis, faire des blagues et avoir l’esprit de compétition — une définition pour le moins minimaliste.

Ces prises de position reflètent une tendance à valoriser une masculinité traditionnelle, teintée de misogynie. Et ce n’est pas étonnant qu’on la qualifie de toxique. Elle privilégie la force, la conquête, la compétition, au détriment de la coopération, de l’expression émotionnelle et de l’égalité des genres. Ce modèle ne nuit pas seulement aux femmes. Il nuit aussi aux hommes, en les enfermant dans des rôles rigides. Et il contribue à des problématiques telles que l’isolement social, les troubles psychologiques ou les comportements violents.

Masculinités en crise : un système perdant-perdant

Ce culte de la virilité n’est pas qu’un symptôme culturel. Il s’inscrit dans un système plus large, qui valorise la domination sous toutes ses formes. Le masculinisme ainsi promu partage bien des logiques avec le capitalisme sauvage. Tous deux s’appuient sur des dynamiques de prise de pouvoir et d’exploitation. Ce qui s’exerce sur les corps, et singulièrement celui des femmes — domination, marchandisation, épuisement — trouve son parallèle dans notre rapport à la nature, traitée comme une ressource à exploiter sans limite. Ce système engendre des déséquilibres profonds, tant sur le plan social qu’écologique.

Il n’est pas inutile de rappeler que les hommes sont souvent les premières victimes de leurs propres actes. En effet, ils sont majoritaires parmi les auteurs, mais aussi parmi les victimes de violences, d’accidents, de suicides. Et ils peuplent presque exclusivement les prisons. Un modèle de virilité guerrière et invulnérable qui, loin de protéger, met en péril ceux-là même qui s’y conforment.

La série Netflix Adolescence, très commentée actuellement, illustre avec clarté cette pression subie par les jeunes garçons, abreuvés de modèles virilistes via les réseaux sociaux. Haine des femmes, obligation de prouver sa virilité, interdiction de pleurer, recours à la violence pour se faire respecter… Tout cela fait écho au dernier rapport sur l’état du sexisme en France du Haut Conseil à l’égalité femmes-hommes. Le cocktail est explosif – et il est en train de nous exploser au visage. À cet âge, les injonctions à « faire ses preuves » ressemblent souvent à un passage à l’âge adulte par la casse. Une telle socialisation masculine reproduit et renforce les inégalités. Et plus encore, elle empêche les garçons de se déployer pleinement en tant qu’êtres humains.

Construire l’égalité avec les hommes

Les hommes sont des partenaires légitimes et indispensables de l’égalité femmes-hommes. Encore faut-il créer collectivement les conditions de leur engagement effectif. Cela suppose des gestes concrets, des transformations culturelles et des espaces de réflexion partagés. Pour que chacun, à sa place, puisse contribuer à une société plus juste.

Quelques pistes peuvent être explorées. Non comme une liste de prescriptions, mais comme des invitations à élargir le champ des possibles :

  • Favoriser une éducation à l’égalité dès le plus jeune âge, non pour imposer une vision unique, mais pour ouvrir l’horizon des enfants. Leur permettre de se construire en dehors des rôles figés, c’est leur offrir la liberté d’être pleinement eux-mêmes, dans le respect des autres.
  • Proposer des espaces de parole aux hommes, notamment à ceux qui peinent à trouver leur place dans un monde où les repères changent vite. Écouter, soutenir, échanger : cela peut contribuer à briser l’isolement et à enclencher un cheminement personnel.
  • Sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles, dans les milieux professionnels, associatifs ou sportifs. Il ne s’agit pas de pointer du doigt, mais d’éveiller une conscience, de faire bouger les lignes, de permettre aux hommes de devenir acteurs du changement.
  • Encourager les pères à s’investir dans leur parentalité, non comme un devoir mais comme une richesse. Leur place n’est pas à négocier : elle est essentielle. Il faut leur donner les moyens de l’occuper pleinement, dès la petite enfance et dans toutes les dimensions de la vie familiale. Ainsi, dans le cadre de l’accompagnement du Département de Maine et Loire et de la Maison des Solidarités d’Angers Sud, l’équipe de Perfégal a animé des focus groupes de pères, dont certains en situation de migration. Ils ont unanimement apprécié ce moment d’écoute et de prise de parole sur leur vie et leur paternité. On était loin des clichés !
  • Accompagner les auteurs de violences vers une prise de conscience, avec des programmes pensés pour responsabiliser, et pas seulement pour punir. C’est une voie exigeante, mais nécessaire, si l’on veut sortir durablement des logiques de répétition et ouvrir d’autres modèles de relations.

Encore un peu de courage !

Construire une véritable égalité entre les femmes et les hommes suppose un changement de culture profond – et du courage. Cela implique d’interroger les privilèges, de déconstruire les représentations, mais aussi de proposer aux hommes d’autres modèles, d’autres récits. Les femmes ont su remettre en cause la féminité stéréotypée. Elles ont créé des espaces de liberté – même s’ils restent à défendre et à élargir. Les hommes peuvent eux aussi se libérer des injonctions virilistes. Pour mieux vivre. Et pour contribuer, avec les femmes, à une société plus juste, plus libre et plus humaine.

Car l’émancipation des hommes, c’est l’émancipation de la société.

 

Article rédigé par Sandrine Caroff-Urfer

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